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La tradition situe la construction de l'église vers 1200 mais des études récentes reportent son existence beaucoup plus haut. Si ses origines restent obscures, nous savons que son patron titulaire est saint Lambert, celui du diocèse de Liège, auquel la paroisse était rattachée jusqu'en 1559, date de la création du diocèse de Namur.

Si l'on ne sait rien de la fondation de l'édifice, les sources anciennes mentionnent par contre un curé dès 1161. Le cartulaire de Bouvignes précise que l'église fut consacrée en 1217, par Thierry, évêque des Estoniens ( Lituanie) et suffragant de Liège. A cette occasion, il est spécifié que le chapitre collégial de Dinant et l'abbaye des chanoines prémontrés de Leffe exerçaient alternativement le droit de présentation à la cure.

Les bombardements d'août 1914 mirent au jour les restes de cette église primitive. Il s'agit d'une petite chapelle souterraine située sous le bas-côté nord - vers l'actuelle place de la Trompette -, constituée de trois travées aux voûtes rudimentaires et d'un petit escalier, aujourd'hui condamné, qui donnait accès à l'église. Communément désignée sous le nom de « crypte », cette espace semble avoir joué un rôle à la fois constructif et défensif.

Deux salles situées de part et d'autre du choeur ont été également dégagées. Leurs fonctions sont mal définies sinon celle de droite, sous les fonts baptismaux actuels, proche de l'ancienne sacristie et qui porte le joli nom de « trésorerie ». En effet, elle fut utiliser jadis pour y conserver et abriter l'orfèvrerie de l'église.

Tout au long des XIIIe - XIVe et XVe S., l'église de Bouvignes profite du grand essor économique de la cité qui reçoit son affranchissement en 1213 de Pierre et Yolende de Courtenay, alors souverains du Comté de Namur. Les fouilles récentes réalisées par la Région Wallonne, sous la direction de l'archéologue Jean Plumier, ont permis de dégager plusieurs fours, témoins de l'intense activité métallurgique qu'abritait jadis l 'enceinte fortifiée de la ville. Le battage du cuivre ou dinanderie fait la richesse de Bouvignes mais la place aussi en concurrence directe avec Dinant, sa voisine. A cette concurrence économique s'ajoute une autre, politique, puisque Dinant était un Principauté de Liège et Bouvignes relevait du Comté de Namur.

La prospérité de la ville entraîne un accroissement de la population au point que l'église se trouve bientôt trop exiguë. Un agrandissement s'impose. La présence, au sud, du château comtal, au nord des nombreuses chapelles latérales, à l'est de la tour et du choeur, oblige les constructeurs à un dégagement ouest. La tour Sainte-Barbe, intimement impliquée dans le système de défense de la ville, ne pouvant être rasée, les constructeurs en viennent à enjamber le rempart et à édifier une superbe abside à trois pans largement éclairés. Seule surprise, l'axe initial du sanctuaire est changé de quelques degrés.

L'importance de cet édifice se justifie par un clergé nombreux : 18 prêtres sont cités en 1538 et « vingt-deux prêtres et chapelains officiant en la seule église paroissiale » avant 1554 . Jusqu'à la création du diocèse de Namur, Bouvignes est aussi le siège d'un doyenné. Il est vrai qu'en plus d'une population nombreuse, l'église gère de nombreuses institutions charitables. Elles sont énumérées en 1420 sous le titre des « quatre aumônes de la ville de Bouvignes » . Il s'agit de l'hôpital Saint-Nicolas fondé en 1253 ; de la « table commune des pauvres » ; de la « charité », grande fête annuelle célébrée à la Fête-Dieu mais supplantée au fil des ans au profit de la Saint-Lambert, en septembre ; enfin, d'une maladrerie ou hôpital des malades, fondée en 1289 et située au lieu-dit « Conneau » - à proximité du cimetière actuel. Une telle vitalité suppose bien entendu une prospérité financière considérable.

Le sac de la ville, le 8 juillet 1554, par les armées françaises du Roi Henri II fait payer l'imprudence des habitants d'avoir trop étroitement associé leur église aux remparts et à la place forte. L'immense charpente est la proie des flammes, l'incendie ne laisse bientôt plus que des colonnes calcinées au milieu d'une cité éventrée et dévastée. La restauration sera longue et jalonnée d'efforts incessants : les Bouvignois ont à coeur de doter leur ville d'une église ample et somptueuse. Dès 1559, la tour est relevée ; en 1562, la nef et le choeur. En 1568, l'évêque de Namur, Mgr Antoine Havel, visite l'église et consacre les autels latéraux. Son successeur vient bénir et consacrer l'autel majeur en 1599.

Les XVI et XVIIe S. ne seront qu'une suite de réparations de fortune, dans l'attente d'une véritable rénovation. C'est à partir de 1770, qu'à l'intérieur du vaste édifice gothique délabré et ruiné, on s'attache à aménager, à grand renfort de briques, de poutres et de plâtre, une petite église de style néoclassique qui subsistera jusqu'à la première guerre mondiale.